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Certains aimeraient – mais n’osent pas – toucher, pour voir si c’est vraiment comme de la réglisse.
D’autres se mettent à gauche, puis à droite, puis au milieu, s’accroupissent puis se dressent sur la pointe des pieds, s’extasiant sur le reflet qui bouge sur les reliefs.
Il y en a qui, plaçant leur menton au creux de leur poignet et leur coude sur leur autre bras tenu contre leur nombril, prennent l’air soucieux de celui qui cherche le sens caché des choses.
Il y en a qui affichent le visage inspiré des bienheureux que la grâce a touchés.
Il y en a d’autres, et ce sont les pires, qui pour se rassurer eux-mêmes et pour faire illusion, parlent très fort, sur un ton exalté, en disant des bêtises : « Là ! Regarde ! C’est extraordinaire ! As-tu vu comme ce noir illumine et comme il a su capter la lumière ! C’est fort ! C’est très fort ! ».
Il y en a qui se taisent, et j’étais de ceux-là.
Je n’ai pas aimé l’exposition Soulages. Ou plutôt : j’ai aimé les premières toiles, qui racontent la découverte progressive du noir, de ses nuances et de ses textures ; j’ai aimé l’invention de l’outrenoir et les premiers peignages qu’on dirait de bitume – puis j’ai ensuite été lassé de cette technique, reprise et répétée cinquante fois, dans des toiles se faisant face et dont chacune, à la longue, paraît refléter la voisine, tout cela finissant par donner l’impression d’une décoration bien léchée, d’un truc à la Roméo (comme les meubles, pas comme Juliette) pour snobs.
Ce n’est pas Pierre Soulages qui en cause ; c’est l’exposition, ses organisateurs et les tendances de la muséographie actuelle, cette manie qu’on désormais les conservateurs et commissaires de faire dans le massif et l’exhaustif, y compris lorsque cette accumulation devient indigeste. Imagine-t-on un concert au cours duquel toutes les œuvres d’un musicien seraient jouées à la queue-leu-leu ?
Le résultat, dans le cas d’espèce, est qu’on finit lassé et vaguement dégoûté quand un choix plus sélectif aurait permis, en donnant moins à voir, de donner mieux à voir. Et c’est dommage.
PS1 : la musique qu’on peut entendre est extraite d’un morceau intitulé « Back from Black », approprié au sujet du jour. Il est tiré de la bande originale de Star Trek par Michael Giacchino.
PS2 : On pourra également lire :
Exposition Soulages – 14 octobre 2009 – 8 mars 2010, Centre national d’art et de culture Georges Pompidou
Commissaires de l’exposition : Alfred Pacquement et Pierre Encrevé.