Tour de la France par deux Enfants (G. Bruno)
S’il y a une chose qu’on ne peut pas enlever à Nicolas Sarkozy, c’est la beauté des discours d’Henri Guaino, l’André Malraux du Président, et le talent qui y apparaît.

On (et notamment Jean Véronis, qui l’a le mieux fait) a, dans les derniers mois, beaucoup glosé sur leurs effets et leurs grosses ficelles ; le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire a dénoncé leur instrumentalisation du passé ; il faut aussi reconnaître leur qualité et leur souffle. Or à gauche, mis à part Jacques Julliard, bien peu l’ont fait, et c’est dommage.

Pour illustrer ce propos, j’ai repris ici bout à bout les éléments des différents discours que le candidat Sarkozy a consacrés aux villes et régions de France. Et j’ai terminé cette juxtaposition en forme de boucle par le discours du président de la République à l’Hôtel de ville de Paris, qu’on peut également entendre [NB du 14 juin 2009 : finalement, on ne peut plus l'entendre].

Je suis d’accord pour reconnaître que l’image de la France ainsi dressée a un air d’Epinal ou de Tour de France des deux enfants, pour dire aussi qu’il y a une évidente tentative de récupération des figures mythiques de la gauche. Tout cela est vrai. Mais cela n’enlève rien à la beauté du discours, qui est grande.

Ce qui, au contraire, en affaiblirait gravement la portée et le souffle, ce qui transformerait une belle éloquence en exemple désespérant de démagogie sophistique, ce qui serait choquant et triste et un crime contre l’esprit, ce serait que celui les a prononcés n’en croie pas un traitre mot, que ça n’ait été dans sa bouche que de belles paroles, faites pour étourdir et pour tromper.

Saint-Quentin – Jeudi 25 janvier 2007

Mes chers amis,

C’est ici à Saint-Quentin que j’ai voulu tenir ma première réunion publique après le grand rassemblement de la Porte de Versailles où s’est exprimé, avec tant d’émotion, l’espoir que la France sorte du doute qui s’est emparé d’elle.
C’est ici, que j’ai voulu être ce soir, pour engager ce dialogue que je veux nouer avec tous les Français.
Ici sur cette terre de Picardie si longtemps vouée aux malheurs de la guerre, où tant de sang fut versé pour la France, dans cette ville martyre, qui par trois fois au moins dans son histoire fut détruite de fond en comble mais qui n’a pas
accepté de mourir, toujours relevée par la ténacité de Français qui n’ont jamais ménagé leur travail et leur peine.
Je voulais parler à cette France qui a si souvent souffert, qui souffre encore mais qui ne veut rien devoir qu’à ses efforts et qu’à son courage. A cette France qui pour avoir affronté tant d’épreuves, surmonté tant de drames, s’est forgé un caractère, une personnalité dont la force a si souvent étonné le monde. A cette France de toujours, à cette France qui est la vraie France, celle qui s’inscrit dans une longue histoire, celle qui est la somme de tous ces destins individuels, celle qui ne peut pas mourir parce que chacun d’entre vous veut qu’elle vive.

[...]

Maisons Alfort – Vendredi 2 février 2007

Mes chers amis,

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C’est dans ce département du Val-de-Marne où se sont toujours mélangées les classes sociales, où dans chaque village, dans chaque ville de vieux noms familiers nous renvoient l’écho lointain d’une histoire de France dont les destinées individuelles entremêlées forment la trame mystérieuse, c’est dans cette Ile-de-France où commença la longue marche vers l’unité française, que je voulais rappeler à tous les Français à quel point cette unité est notre bien le plus précieux, l’expression la plus forte, la plus vraie, de notre volonté et de notre capacité à vivre ensemble.

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La Réunion – Jeudi 15 février 2007

Mes chers amis,

Je suis venu jusqu’à vous parce que j’aime la dignité et la fierté de la Réunion. Cette terre de volcan, c’est la terre de France, aussi sûrement que le sont la terre de Normandie et la terre blonde de Provence.

J’aime cette île dont les noms ont suivi le cours de l’Histoire : Ile Bourbon, Ile Bonaparte, Ile de La Réunion, île de conquête, de forbans, de bâtisseurs, mais aussi île d’esclaves et du code noir, ce code que la république déchira le jour où elle se décida enfin à comprendre que ce qui est moralement insoutenable ne peut jamais être politiquement acceptable.

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Strasbourg – Mercredi 21 février 2007

Mes chers amis,

Me voici une fois encore à Strasbourg, la plus européenne de toutes les villes françaises et la plus française de toutes les villes européennes. Strasbourg qui n’est pas française par les hasards de l’histoire mais parce qu’elle l’a voulu.

Strasbourg qui fit résonner jusqu’en Egypte le rire du grand Kléber et entendre aux quatre coins du monde ce chant de guerre de l’armée du Rhin devenu la Marseillaise qui est pour tous les hommes le chant de la liberté.

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Caen – Vendredi 9 mars 2007

Mes chers amis,

[...]

Ce soir à travers votre foule immense, c’est la Normandie tout entière qui montre qu’elle veut être une fois de plus au rendez-vous de l’Histoire.

Ce rendez-vous, elle ne l’a jamais manqué.

Normands au sang mêlé, vous avez été ces héros qui ont conquis l’Angleterre, Naples, la Sicile et Antioche, vous avez sillonné les mers, exploré le monde, et fait de votre terre à force de travail l’une des plus fécondes au monde.

Vous avez été moines, soldats et paysans, explorateurs et conquérants, et votre destin depuis la guerre de Cent Ans jusqu’à la bataille de Normandie se confond avec celui de la France.

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Nantes – Jeudi 15 mars 2007

Mes chers amis,

[...]

Je veux le faire ici, à Nantes, dans cette ville traversée d’histoire et de littérature comme elle l’est de la Loire, ouverte sur l’avenir comme elle l’est sur l’océan.

Dans l’Edit de tolérance qu’Henri IV promulgua dans votre ville et dont on sous-estime souvent la force des propositions, je veux voir l’exemple d’une France audacieuse, qui sut aller très loin pour dépasser les clivages de son temps qui l’empêchait d’avancer, l’exemple d’un texte qui sut triompher du fanatisme par la raison, l’exemple d’un homme qui mit l’action au centre de l’exercice politique.

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Lille – Mercredi 28 mars 2007

Mes chers amis,

[...]

C’est à Lille que je voulais lancer cet appel contre la résignation, parce qu’ici, dans cette région du Nord-Pas-De-Calais, l’on ne s’est jamais résigné. Dans cette région, qui a connu toutes les guerres, qui a été sur la route de tant d’invasions, qui a été si souvent occupée, qui a connu tour à tour la misère et la prospérité, qui a connu les heures de gloire du textile, du charbon, de la métallurgie, avant d’en connaître le déclin. Mais cette région, qui s’est toujours relevée de toutes les crises, par le courage, par l’ardeur, par le travail, par l’esprit d’entreprise de ses habitants durs à la peine et qui ont l’orgueil qu’on a dans les régions ouvrières, où l’on ne veut rien devoir qu’à soi-même.
Voilà pourquoi j’aime le Nord-Pas-de-Calais. Je me sens des vôtres, oui, ici on est fier, parce que sa fierté, c’est ne jamais rien demander aux autres et tout faire par soi-même.
Ici, on préfère donner aux autres que demander pour soi-même. Ici, des crises et des échecs, on en a connu, et l’on s’est toujours relevé. C’est pour cela, que ces gens du Nord-Pas-De-Calais ont ce coeur si immense des gens qui ont connu l’épreuve et l’ont surmontée. Ici on connaît le prix du travail. Ici on reste debout, quoi qu’il arrive, parce qu’ici, l’on fait toujours ce que l’on a à faire.

[...]

Mardi 3 avril 2007 – Lorient

Mes Chers amis,

[...]

J’ai voulu en parler ici, sur cette terre de Bretagne où l’on sait mieux que partout ailleurs ce que c’est que le devoir, ici sur cette terre de marins où l’on se transmet, de génération en génération, la conviction que l’honneur d’un homme c’est d’abord de faire ce qu’il doit.
Le marin qui tous les jours affronte l’océan sait que face à la toute puissance de la nature, sa vie n’est grande que de son courage et de ses vertus morales. Ce qu’il oppose à l’océan ce n’est pas la force de ses bras, c’est la force de son esprit. La grandeur du marin, c’est qu’il aime la vie qu’il s’est choisie et que bien souvent son père, son grand-père, ses aïeux, avant lui s’étaient choisie. La grandeur du marin, c’est qu’il aime la mer qui peut l’engloutir à tout instant, c’est qu’il aime défier la mer vers laquelle il revient toujours quoiqu’il arrive. La grandeur du marin c’est qu’il va tous les jours provoquer le destin pour lutter pied à pied avec lui. La grandeur du marin est une
grandeur tragique qui forge de grands caractères.
J’ai toujours pensé que ce n’était pas par hasard que les premiers soldats de la France
libre furent des pêcheurs.

[...]

Jeudi 5 Avril 2007 – Lyon

Mes chers amis,

C’est toujours pour moi une immense joie de me retrouver à Lyon, dans cette ville où l’on met du temps à donner son cœur, où la confiance et l’amitié se méritent, où l’intimité se protège. Mais où le cœur quand il se donne, à Lyon, se donne sans retenue. Dans cette ville où l’on n’aime pas tout de suite, mais quand on aime, c’est pour toujours et avec passion. J’aime Lyon.

Ce soir, vous êtes venus me dire votre amitié et votre confiance et cela me touche au plus profond de moi-même parce que je sais qu’ici quand on donne son amitié et sa confiance, c’est avec sincérité, sans réserve, et pour longtemps.

[…]

Tours – Mardi 10 avril 2007

Mes chers amis,

Je salue la Touraine, terre de la douceur de vivre où ont été écrites tant de pages de l’histoire de France.

Je salue la Touraine et ses enfants qui sont morts pour la France.

Je salue la Touraine où les murs des vieux châteaux ont vu passer Balzac avec la Comédie Humaine et Rabelais tenant Gargantua par la main au milieu de la foule des saints, des rois et des poètes.

Je salue la Touraine, qui fut tout ce qui resta vivant de la France quand Charles VI et Isabeau de Bavière eurent signé le honteux traité de Troyes.

Je salue la Touraine où la France a pris le visage mystérieux de Jeanne dont nous ne savons avec certitude qu’une seule chose, c’est qu’il fut le plus doux et le plus beau visage que la France ait jamais eu.

[...]

Toulouse – Jeudi 12 avril 2007

Mes chers amis,

Toulouse, capitale de la France du Midi,

Toulouse, qui n’a jamais oublié qu’elle fut pendant des siècles la capitale d’un grand royaume, qui n’a jamais cessé dans son esprit d’être indépendante,

Toulouse, fière, orgueilleuse, indomptable,

Toulouse, entière, intransigeante, inflexible,

Toulouse, qui s’est s’indigner, qui s’insurge, qui se révolte parfois,

Toulouse, qui croit à la justice,

Toulouse, généreuse, fraternelle,

Toulouse, qu’on a dit parfois de gauche parce qu’elle a du cœur,

Toulouse, qui fut la ville de Jaurès,

Toulouse ce soir, elle est là, la ville que j’aime !

[...]

Mardi 17 avril 2007 – Metz

Mes chers amis,

A quelques jours de la fin de cette campagne pendant laquelle on a tant parlé de la France, j’ai voulu venir ici, en Lorraine, sur cette terre usée par l’histoire qui a donné à la France tant de grands Français, où l’on a tant aimé la France, où l’on s’est tant battu pour elle, où l’on a tant voulu être Français.

La Lorraine c’est cette terre deux fois sacrée parce qu’elle a été sanctifiée par le sang que ses enfants ont versé pour la France et par celui que des millions de Français ont versé pour sa libération. La Lorraine c’est cette terre sainte où c’est la même chose de prier Dieu ou de prier la France.

[…]

Jeudi 19 avril 2007 – Marseille

Mes chers amis,

Je veux vous dire mon bonheur d’être ici, à Marseille, pour cette dernière réunion publique avant le premier tour.

Marseille, cette ville qui ne ressemble à aucune autre, qui n’a eu d’autre rivale qu’Alexandrie, Gênes, Naples ou peut-être Barcelone.

Marseille, cette vieille cité grecque qui depuis vingt-six siècles brasse les religions, les races, les cultures.

Marseille, jamais obéissante, mais toujours fidèle.

Marseille, qui fut révoltée contre le Comte, contre le Roi, contre Paris, mais Marseille toujours patriote, parce que Marseille, c’est la France.

Marseille, c’est Mirabeau, ce géant qui lui ressemblait tant, dont elle fit son député aux Etats généraux.

Marseille, ce sont les Fédérés qui le 10 août montent à l’assaut des Tuileries en chantant la Marseillaise.

[…]

Clermont-Ferrand – Vendredi 27 avril 2007

Mes chers amis,

Y a-t-il meilleur endroit que la terre auvergnate pour parler de l’avenir de la France ?

Y a-t-il meilleur endroit pour appeler les Français à dire non au renoncement que ce lieu sacré où le premier résistant gaulois versa son sang pour quelque chose de plus grand que sa tribu ?

Y a-t-il meilleur endroit pour dire aux Français qu’ils peuvent reprendre leur destin en mains que ce vieux pays volcanique où la terre de cendres et les montagnes de lave se souviennent encore qu’ici un peuple courageux défit les légions de César au nom de la Gaule tout entière ?

Y a-t-il meilleur endroit pour appeler les Français non au sacrifice mais à l’effort, pour parler du travail et du mérite que dans cette Auvergne où selon Michelet « les hommes ont en eux une force réelle, une sève amère, acerbe peut-être, mais vivace comme l’herbe du Cantal » ?

[...]

Montpellier – Jeudi 3 mai 2007

Mes chers amis,


Dans ce Languedoc, où tant de peuples et de religions se sont affrontés et mêlés les uns aux autres, où dans les luttes qui furent si féroces et les passions si vives, vous vous êtes forgés un caractère vigoureux, prompt à s’opposer et prompt également à défendre les libertés.


Michelet a parlé du Languedoc de façon définitive : « C’est une bien vieille terre que ce Languedoc. Vous y trouverez partout les ruines sous les ruines, les Camisards sur les Albigeois, les Sarrasins sur les Goths, sous ceux-ci les Romains, les Ibères ».


Dans cette bien vieille terre, la vôtre, où s’entassent les ruines, les peuples, les histoires, dans votre terre ravagée par la Croisade des Albigeois, les guerres de religions, les invasions ;
Dans cette bien vieille terre, où se mélangent depuis si longtemps les souvenirs des morts et les espoirs des vivants :
Dans cette bien vieille terre, où l’on prie, où l’on se bat, où l’on travaille depuis tant de siècles ;


On sait ce qu’est l’élan d’un peuple qui se lève. Vous êtes mieux placés que d’autres pour parler de la puissance d’un peuple qui a toujours refusé d’être esclave et qui a toujours su dire non, non au renoncement, non à la fatalité, non à tout ce qui, de près ou de loin, pouvait vous asservir.
C’est ici, sur cette terre charnelle, qui a connu tant de violence et tant de tragédies que j’ai voulu aller jusqu’au bout de cette vague populaire qui depuis des mois monte des profondeurs du pays et porte en elle un immense espoir de renouveau.

[…]

Hôtel de ville de Paris, le jeudi 24 mai 2007

Monsieur le Maire de Paris,
Mesdames et Messieurs les élus parisiens,
Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie, Monsieur le Maire, pour les mots que vous venez de prononcer.

En venant ici aujourd’hui, je ne sacrifie pas seulement à une tradition républicaine qui voulait qu’à son entrée en fonction le Chef de l’Etat nouvellement élu se rende à l’Hôtel de Ville de Paris pour y saluer son Maire, son Conseil municipal, et à travers eux, naturellement tous les parisiens.

Cette tradition a une signification pour moi très profonde, une signification qu’elle doit à l’histoire.

Sans Paris, la France n’eût peut-être jamais existé. Car pour qu’il y eût la France il a fallu qu’il y eût une volonté française et, longtemps ce fut de Paris que s’exprima cette volonté.

Paris n’est pas un centre, Paris c’est un commencement et c’est un aboutissement. Tout part d’ici et y revient. Paris c’est le foyer autour duquel se sont unis les peuples et les provinces françaises. Paris c’est le réceptacle de toutes les énergies, de toutes les intelligences, de tous les talents. C’est à Paris, c’est Paris qui a regroupé les provinces et ce sont les provinces qui ont peuplé Paris. C’est cela Paris.

Il y a dans la prééminence de Paris quelque chose qui ne dépend pas seulement de la volonté humaine mais qui est consubstantiel à la façon dont la France s’est construite.

C’est la raison pour laquelle la décentralisation dans notre pays est si difficile à accomplir et la raison pour laquelle elle ne peut être que l’aboutissement d’une véritable révolution culturelle et pas simplement d’une réforme administrative et politique.

C’est la raison pour laquelle aussi depuis longtemps les rapports entre Paris et l’Etat sont aussi compliqués.

Il ne faut jamais oublier cette longue histoire pendant laquelle Paris incarna à elle seule le destin de la France, sa souveraineté, son prestige et même sa puissance. Il ne faut jamais oublier cette longue histoire pendant laquelle le peuple de Paris ne cessa de parler pour tous les Français. C’est l’histoire de France. Et quand on préside aux destinées de la France, on se doit de connaître l’histoire de France.

Le peuple de Paris parla au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le peuple de Paris parla au nom de la liberté. Il parla au nom de la fraternité humaine.
Et quand Paris se taisait, c’était la France qui devenait muette.

Et quand Paris s’exprimait, c’était la France qui prenait la parole.

Et cette parole fut entendue dans le monde entier. Et cette parole fut comprise par tous les hommes. »

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TRANSLATIONS/TRADUCTIONS
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